Crise dans la crise, les syndicats de personnels du CHU de Clermont (Puy-de-Dôme) manifestent leur colère

Patrick Ehme
Une crise ne peut, et ne doit, pas en masquer une autre, tout aussi virale. c’est ce qu’ont exprimé bruyamment les syndicats des personnels du CHU de Clermont.

La crise sanitaire amorçant la décrue (du moins tout le monde l’espère), celle politique et sociale reprend, aussitôt, ses droits. À commencer par celle qui, bien avant la pandémie, affectait déjà les secteurs mobilisés en première ligne que sont les professions de santé, hospitaliers au premier rang.
C’est ainsi qu’hier matin, au CHU de Clermont, l’intersyndicale CGT, FO et Sud avait appelé les personnels à se rassembler devant la direction générale de l’établissement pour « dénoncer l’incurie du gouvernement et de l’Agence régionale de santé (Ars) » et les sommer de réagir et de « tomber les masques ».

Des revendications sans ambages comme une autre pandémie. Photo Rémi Dugne.

Des propos très durs

Les mots étaient violents tant le mal parait grand : « méprisants », « hypocrites », « manipulateurs », « criminels », pouvait-on lire sur les tracts dénonçant le non-versement de la prime exceptionnelle pourtant promise pour le mois de mai, le non-paiement des heures supplémentaires majorées de 50 % ; l’absence d’action de dépistage généralisée pour les personnels hospitaliers et les retards d’approvisionnement en matériel de protection ou bien encore la reconnaissance du statut de maladie professionnelle étendue à l’ensemble des agents hospitaliers… Ajouté à cela l’inévitable serpent de mer de la non revalorisation des indices, de plus en plus difficile à avaler.

Une centaine de personnels et militants rassemblés pour faire chorus sous les bannières. Photo Rémi Dugne

Autant de revendications et de propos peu amènes venus témoigner bruyamment du malaise de professions déjà contraintes d’exercer à flux tendu bien avant le virus.

À l’hôpital, les oubliés du nettoyage sortent du silence

http://www.humanite.fr/

Cécile Rousseau

Mardi, 19 Mai, 2020

 

Une trentaine d’employés de la société ATN ont manifesté ce mardi devant l’hôpital Tenon, à Paris, pour exiger une prime décente. Ils ont signé un accord dans la matinée.

Manifestation éclair devant l’entrée de l’hôpital Tenon (20 e arrondissement de Paris). Ce mardi matin, dès 6 heures, une trentaine de salariés du sous-traitant de nettoyage ATN, soutenus par le syndicat CNT-SO (Confédération nationale des travailleurs-Solidarité ouvrière) ont sorti les drapeaux pour exiger des primes de risque dignes de ce nom. Charlotte sur la tête et surchaussures aux pieds, les grévistes refusent d’être les grands oubliés des personnels hospitaliers, en première ligne contre le Covid-19. Quand le gouvernement a annoncé des versements de 500 à 1 500 euros pour les soignants (voir notre article), maigres compensations face à la dangerosité du virus, les employés du secteur n’étaient, eux, pas concernés. Un comble alors qu’un certain nombre d’entre eux ont été infectés par le coronavirus. Après d’âpres discussions avec ATN, seuls 100 euros à 150 euros de primes ont été arrachés. « Du mépris » selon les concernés, abonnés aux conditions de travail maltraitantes, avec des contrats à temps partiel pour des rémunérations comprises entre 900 et 1 000 euros par mois et plusieurs heures de transport pour se rendre sur leur lieu de travail aux aurores.

Sans eux, le système de santé s’effondre

Sur le piquet, les discussions sont allées très vite. « La direction de Tenon venait nous voir toutes les 20 minutes pour savoir quand l’activité allait reprendre, rapporte Étienne Deschamps, secrétaire national de la CNT-SO, pendant ce temps-là, leurs chambres et leurs blocs opératoires n’étaient pas lavés… Les représentants d’ATN sont aussi arrivés rapidement. C’est bien simple, si les agents de nettoyage s’arrêtent, le système de santé français s’effondre. » Essentiel à la bonne marche de l’hôpital, leur travail de désinfection des espaces collectifs ou encore des salles d’examens a contribué activement à la lutte contre la pandémie. Malgré cette mission cruciale, ils avaient déjà dû hausser le ton mi-mars, en déclenchant un droit de retrait pour obtenir des équipements de protection individuels comme des masques.

Titularisation des contrats de professionnalisation

Finalement, vers 10 heures du matin, les employés ont repris le service après la signature d’un protocole d’accord contenant quelques garanties. Une prime Covid de 500 euros sera versée à tous. « J’ai une trésorerie à surveiller, avec des surcoûts d’équipements de sécurité et des clients qui ont fermé », a tenté d’expliquer le président d’ATN, Dominique Leszczynski. Un engagement a également été formalisé sur la titularisation des contrats de professionnalisation et la direction a accepté de mettre en route une négociation, d’ici septembre, pour permettre aux employés d’avoir deux jours de repos consécutifs. « C’est plutôt positif, estime Jacob Adjeminko, délégué CNT-SO sur le site. L’entreprise a cédé et du monde est venu nous soutenir. » Pour Étienne Deschamps, dans cette histoire, il en va aussi de la responsabilité du donneur d’ordres, l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) : « Ils ne peuvent pas se défausser. Les entreprises sous-traitantes n’ont pas forcément les moyens de donner 1 000 euros de prime à tout le monde. L’État pourrait aussi prendre en charge un complément. » ​​​​​​​