« La culture c’est comme l’eau, le gaz et l’électricité : un service public. »

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éditorial d’ Emmanuel Ducoin,  lundi 14 décembre 2020

« Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude », disait Camus. Si la santé n’a pas de prix – la vie est sacrée – et si nous serons les derniers à minimiser la crise sanitaire qui nous frappe et ses conséquences dans le temps-long, qui osera affirmer, ici-et-maintenant, que la culture n’est pas la vie et qu’une vie privée de culture ne se dévitalise pas ? Drôle d’époque, où la symbolique de certaines décisions rend « non essentiel  » ce qui irrigue l’esprit et bâtit le sens de l’existence entre les générations. Face au verdict terrible de la semaine dernière, qui consiste à ne toujours pas ouvrir les cinémas, les théâtres, les musées, etc., poussant un peu plus le spectacle vivant dans le néant, le monde de la culture ne se trouve pas seulement en état de choc. Il est sur le point de se révolter !

Comment le gouvernement peut-il encore, parvenu à ce point de l’épidémie, déclarer qu’une foule s’avère non contagieuse quand elle déferle dans les magasins, mais plus dangereuse dans une salle de spectacle, alors que toutes les mesures sanitaires, d’une rigueur absolue et bien supérieures à la moyenne, y sont appliquées ? Jusqu’à quand ce yoyo, cette incertitude, cette absence de perspectives ? Et, comme le demande Erik Orsenna, « pourquoi défendre, quoi qu’il en coûte, l’emploi partout, et se moquer du million de travailleurs de la culture » ? Alors qu’elle crève la culture ! Voilà ce que semble assumer la France, pays de « l’exception culturelle ». Qui aurait cru cela possible ? Ce qui se profile à l’horizon a quelque chose d’effroyable. Car, en cette période sombre de crises aveugles et durables où le lien social se délie chaque jour un peu plus, l’accès à la culture est tout le contraire d’un simple supplément d’âme, mais ce qui nous constitue fondamentalement, l’âme de notre pays, de l’humanité. Jean Vilar utilisait souvent cette formule, plus signifiante qu’il n’y paraît : « La culture c’est comme l’eau, le gaz et l’électricité : un service public. »

Face au cataclysme prévisible, face au désarroi historique, le monde de la culture – gage majeur de dé­mo­cratie et antidote puissant aux dérives liberticides – s’attendait à (re)devenir une priorité, un bien commun indispensable, et pas seulement un vulgaire « produit » de consommation réductible au mercantilisme et au pouvoir de l’argent. En vérité, ce moment nous donne honte. « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert », clamait Malraux. Toute conquête réclame combat.

Emmanuel Ducoin

15h devant la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand (71 boulevard François Mitterrand).

 

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