Vote des étrangers, le grand reniement.

Contestant les propos de Manuel Valls sur le droit de vote des étrangers,Françoise DUMONTla présidente de la Ligue des droits de l’homme – dit craindre « les dégâts que peut faire le sentiment d’être traités en sous-citoyens ».

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Avez-vous été surprise par l’annonce du premier ministre, devant les étudiants de Science-Po mardi soir, de l’abandon de la promesse présidentielle du droit de vote pour les résidents étrangers ?

Françoise Dumont : Franchement, non. On sait depuis longtemps que Manuel Valls est opposé à cette mesure, et nous ne sommes pas étonnés qu’il demande au président de la République de ne pas tenir ses promesses. Il dit que ce n’est pas une priorité, alors que nous pensons que c’en est une. Il dit aussi qu’il faut arrêter de courir après les totems. Mais qu’est-ce qu’un totem ? C’est une mesure de protection et un symbole. De fait, le droit de vote des étrangers en est bien un. Alors, il faut comprendre la portée symbolique d’une telle annonce. C’est une posture idéologique lourde de sens. Tout citoyen européen peut voter dans la commune où il réside. Ce qui est bien la preuve qu’il est possible de ne pas lier citoyenneté et nationalité. Mais les étrangers non européens, présents sur le territoire national parfois depuis des dizaines d’années, qui ont contribué à la richesse du pays, qui y paient des impôts, n’ont toujours pas le droit à la parole. C’est un problème de justice et de démocratie qui est posé. Des associations de quartier avec lesquelles nous sommes en contact nous disent souvent : « Mais c’est quoi cette façon de traiter nos parents ? » Je crois qu’il y a une grave sous-estimation des dégâts que peut faire dans une population le sentiment d’être traités en sous-citoyens. C’est un peu comme une légitimation des discriminations.

Manuel Valls affirme que le « vrai sujet », c’est de « renouer avec la naturalisation »…

Françoise Dumont : Attention, la naturalisation ce n’est pas aussi simple que cela. Il ne suffit pas de la souhaiter pour l’obtenir. Quoi qu’il en soit, ce sont deux problèmes très différents. La naturalisation, qui implique de rompre avec son pays d’origine, est un choix individuel, personnel, intime, alors que le vote est un droit collectif. On ne peut pas mettre les deux sur un pied d’égalité. Tout cela est très regrettable. Manuel Valls a beau jeu de dire qu’au Congrès (réunissant Assemblée nationale et Sénat – NDLR) le droit de vote des étrangers ne passerait pas : la bataille n’a été menée ni par le gouvernement ni par le Parti socialiste. François Hollande était dans le flou. Mais Manuel Valls, qui à plusieurs reprises n’avait pas caché son opposition à ce droit, comme d’ailleurs au récépissé lors des contrôles de police, vient de réaffirmer sa position. C’est une conception du vivre-ensemble que nous ne partageons pas. C’est un choix de société contestable…

Propos recueillis par Gérald Rossi
Jeudi, 5 Novembre, 2015
L’Humanité http://www.humanite.fr/francoise-dumont-un-probleme-de-justice-et-de-democratie-588920

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