Ouvrons le débat « comment reconstruire à gauche » (synthèse) : Qui veut quoi sur la primaire à gauche?

Le PS a promis de se pencher sur l’organisation d’une primaire de la gauche pour 2017, près d’un mois après l’appel lancé en ce sens par des politiques et des intellectuels. Mais les différences d’approches entre les différents acteurs paraissent inconciliables. Petit résumé de ce que chacun souhaite.

François Hollande : non, ce n’est pas son problème

Le chef de l’Etat ne s’est pas exprimé publiquement sur le sujet, ce qui est déjà une réponse. Son entourage parle pour lui dans la presse : « Sur la primaire, la position de François Hollande est très chiraquienne : ça lui en touche une sans faire bouger l’autre! », affirmait un proche au Parisien, au lendemain de l’appel dans Libération. « Nous avons suffisamment de problèmes à régler et d’obstacles à franchir pour nous préoccuper de 2017 », évacuait un autre dans Le Monde. A commencer peut-être par l’inversion de la courbe du chômage, à laquelle François Hollande a conditionné sa candidature pour un second mandat.

Manuel Valls : non, c’est Hollande qui doit représenter la gauche

Pour le Premier ministre, c’est clair : un Président sortant a vocation à se représenter. Il « n’a pas à se soumettre à une primaire », répétait-il le 16 janvier dans On n’est pas couché. Manuel Valls regrette dans le même temps « la dispersion » de la gauche et préférerait donc voir tout le monde se ranger derrière le chef de l’Etat. Lui met en tout cas en avant sa loyauté, même si les sondages testant des candidats à cette primaire de gauche lui sont favorables.

Jean-Christophe Cambadélis : oui, mais avec Hollande et Mélenchon

Alors qu’il la jugeait dans un premier temps « peu probable », le patron du PS veut maintenant « se battre pour » une primaire à gauche – c’est ce qu’il a dit samedi à l’issue du Conseil national du parti. Cette instance a ainsi approuvé « la création d’une commission nationale d’organisation de la primaire de la gauche », qui devrait être de nouveau discutée lundi lors d’un bureau national. Mais pour Jean-Christophe Cambadélis, cette primaire se fera avec tout le monde ou ne se fera pas. Et le premier secrétaire de regretter « trop de préalables » posés par les autres formations de gauche.

La gauche du PS : oui, pour éviter Hollande

L’aile gauche, qui avait réuni près de 30% des voix au congrès de Poitiers, s’est ralliée à l’organisation d’une primaire. Son leader, Christian Paul, veut lui aussi aller « de François Hollande à Jean-Luc Mélenchon », mais le refus du leader du Parti de gauche n’y changerait rien. Car, contrairement à Cambadélis, les frondeurs veulent trouver une alternative au chef de l’Etat. Benoît Hamon juge d’ailleurs que le premier secrétaire veut seulement « faire croire » qu’il est favorable à cette primaire. L’ancien ministre de l’Education se dit en tout cas prêt à se présenter. Christian Paul, lui, pensait plutôt à l’économiste Thomas Piketty – signataire de l’appel dans Libération -, qui a décliné.

Christiane Taubira : oui, si Hollande a envie

Sitôt partie du ministère de la Justice, Christiane Taubira était poussée par certains, comme Aurélie Filippetti, à se présenter à cette primaire. Mais l’ancienne garde des Sceaux a affirmé être « absolument sûre » de ne pas vouloir se présenter. Samedi soir sur le plateau d’On n’est pas couché, elle a simplement ajouté que c’était à François Hollande « de choisir de s’y soumettre ».

Les écolos pro-Hollande : oui, mais ils n’y croient pas

Ils aspirent plutôt à entrer au gouvernement lors du prochain remaniement. Pour l’Union des démocrates et des écologistes, l’idée d’une primaire n’est pas « idiote », selon le terme de son président Jean-Vincent Placé. Mais le sénateur y voir plutôt une tentative de « régler ses comptes » avec François Hollande, ce qu’il ne cautionne pas. Avant qu’il ne quitte EELV, il se disait toutefois pour une primaire de la gauche et des écologistes. Son collègue François de Rugy prônait lui aussi cette solution, afin que le vainqueur représente « les écologistes réformistes ».

Cécile Duflot : avec toute la gauche, mais Hollande ne doit pas gagner

Si l’ancienne ministre n’a pas signé l’appel du collectif « Notre primaire », elle a participé cette semaine à sa première réunion organisée à Paris. « On dirait une réunion des alcooliques anonymes qui ont voté François Hollande en 2012 », s’est-elle amusée. Cécile Duflot, comme la secrétaire nationale d’EELV Emmanuelle Cosse, est favorable à une primaire la plus large possible. Mais elle estime que le vainqueur ne peut en être l’actuel Président – une position qui se rapproche de celle de l’aile gauche du PS. Duflot n’a pas écarté l’idée d’être candidate.

Pierre Laurent : oui, mais sans Hollande

Même si ce n’est pas sa « culture », le patron des communistes est favorable à cette primaire. A condition qu’il s’agisse d’une « candidature unique à la gauche du PS » avec un « programme de gauche ». C’est-à-dire sans que François Hollande ne puisse se présenter. Son alliée au sein du Front de gauche, Clémentine Autain, se dit elle aussi pour une primaire « sans la gauche gouvernementale ».  Et n’exclut pas de s’y présenter.

Jean-Luc Mélenchon : non, et encore moins avec Hollande

L’ex-candidat à la présidentielle est catégorique : il refuse de « participer à une primaire que François Hollande pourrait gagner ». Mais Jean-Luc Mélenchon allait plus loin dimanche dernier dans le JDD en affirmant qu' »une primaire de ‘toute la gauche’ qui inclut des partisans des traités budgétaires européens ne peut pas (le) concerner ». Dans Mediapart ce dimanche, l’eurodéputé confirme même son renoncement à rassembler « l’autre gauche », évoquant notamment sa déception à l’égard d’EELV.

Arnaud Focraud – leJDD.fr

dimanche 07 février 2016

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