Trois mois de couverture médiatique des mobilisations contre la « Loi Travail »(2ème partie)

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Voilà désormais trois mois que dure la mobilisation contre la « Loi Travail », une mobilisation qui ne semble pas faiblir malgré les pronostics formulés, au cours des dernières semaines, par les « experts » et autres éditorialistes.

Offensive tous azimuts contre la mobilisation

Mais l’entreprise de légitimation de la loi – et de délégitimation de sa contestation – n’aura pas suffi. Et ce sont des centaines de milliers de salariés et de jeunes qui, à partir du 9 mars, sont entrés en mobilisation.

De toute évidence, la pédagogie médiatique aura échoué à les convaincre du bien-fondé de la « réforme » : n’en faisant qu’à leur tête, ils n’ont pas écouté les bons conseils de l’éditocratie, qui ne leur pardonnera pas, comme on peut le voir dans cette vidéo, enregistrée fin mars par Acrimed pour l’émission « Là-bas si j’y suis », et qui offre une première synthèse de l’offensive tous azimuts contre la mobilisation.


Méthode privilégiée : la focalisation, non pas sur les causes, mais sur les conséquences des grèves, avec un intérêt tout particulier pour les « usagers » des trains, métros, et autres transports en commun, avec la multiplication des micros-trottoirs dans lesquels on apprend, surpris, que lorsque les salariés des transports sont en grève, les transports fonctionnent moins bien. Obsession qui se traduit par une infinie variété de titres dans la presse écrite et sur internet :

Site de France Inter, 9 mars 2016

Site de France TV Info, 31 mars 2016


Site du Point, 25 avril 2016


Site de Ouest-France, 18 mai 2016


Etc.

Autre angle d’attaque : la dénonciation des « pas concernés ». De qui parle-t-on ? De celles et ceux qui, à en croire « experts » et éditorialistes, n’auraient aucune raison de se mobiliser contre la « réforme », et participeraient quand même à la mobilisation. Comprendre : certains opposants à la Loi Travail (au premier rang desquels les salariés du public et les jeunes) n’ont rien compris au contenu d’une loi qui ne les concerneraient pas – ou ils ont compris mais ils se mobilisent pour le plaisir (de provoquer la « galère »). Au choix…


 

Comme nous le signalions alors :

Que nombre de chroniqueurs et éditorialistes ne comprennent rien aux mouvements sociaux n’est ni nouveau, ni surprenant. Mais qu’ils se sentent, malgré eux, obligés de l’avouer ainsi publiquement en dit aussi long sur les effets de la position sociale qu’ils occupent que de fines analyses sociologiques. Ces inestimables individualités qui se croient en état d’apesanteur sociale laissent entendre que, pour être « concerné », il faut être personnellement et directement touché. […] Soyons rassurés : nos détecteurs de « pas concernés » n’ont pas encore opposé, à celles et ceux qui font cause commune par solidarité, que seuls les mal-logés sont concernés par la solidarité avec les sans-abris ou que seuls des exilés sont concernés par la solidarité avec les migrants. Solidarité ? Sans doute une passion triste aux yeux des gais lurons de l’éditocratie.

À quoi l’on pourrait ajouter qu’il est évidemment plus commode de consacrer de longues minutes ou de nombreuses colonnes aux soi-disant « pas concernés » plutôt que de donner la parole aux premiers concernés, à savoir les salariés du privé et leurs représentants.

« Vous condamnez les violences ? »

Autre méthode éprouvée : la focalisation sur les « violences » qui, bien qu’elles se produisent, comme les grands médias le répètent, « en marge des manifestations », font souvent l’objet d’une attention qui n’a rien de marginale, quitte à faire passer au second, voire au troisième plan, les mobilisations elles-mêmes, leurs causes, leur tonalité, leur ampleur. Nous avions ainsi relevé de manière exhaustive, à titre d’exemple exemplaire, les « bandeaux » défilant sur BFM-TV le soir de la manifestation du 28 avril :


Et, noyé parmi les précédents, celui-ci :

 

Un véritable matraquage médiatique contre les manifestations, accompagné d’interrogatoires de militants politiques et syndicaux, sommés de « condamner » les « violences », quitte à ce que le sujet monopolise leur temps de parole. On se souviendra de cette interview exemplaire d’Olivier Besancenot le 1er mai 2016 sur BFM-TV, par une journaliste (Apolline de Malherbe) dont l’obstination n’a eu d’égal que le sens de la répétition, comme le montre cet échantillon des questions posées au représentant du NPA :

« Est-ce que vous condamnez… ? »
– « Mais Olivier Besancenot vous avez dit le mot “condamner”, vous avez dit “ce que je condamne aujourd’hui ce sont en gros les provocations et l’attitude du gouvernement”, vous ne condamnez pas les violences ? »
– « Mais les violences elles-mêmes, vous ne les condamnez pas ? »
– « Donc les violences… non mais justement, je vous demande : qu’est-ce que vous condamnez  ? Je reprends votre mot, Olivier Besancenot »
– « Pour vous, ce que je voudrais simplement qu’on voit, c’est que vous, ce que vous condamnez c’est ça [les photos de violences policières montrées par Besancenot], ce n’est pas ça [les images de « casseurs »] »
– « Donc Olivier Besancenot, à aucun moment, vous ne condamnez les violences des manifestants ? »
– « Pardon, Olivier Besancenot, mais pour vous, il y a vraiment d’un côté les gentils, et de l’autre côté les méchants ? Il n’y a pas un moment où vous dites pas “Je condamne les deux”, quoi, non ? »
– « Vous les regrettez malgré tout, alors sans aller jusqu’à les condamner, est-ce que vous les regrettez ? »

Et, en vidéo :

Julien Salingue (grâce au travail collectif d’Acrimed)

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