Conseil municipal de Beaumont du 18/11/2019 : intervention de François Ulrich pour le groupe « Front de gauche »

Déclaration après la présentation du ROB (​Rapport d’Orientation Budgétaire) 2020

Vous avez choisi dans votre présentation du contexte national et international de ne vous intéresser qu’aux indicateurs macro-économiques mondiaux et nationaux, en mentionnant l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages français en 2019. Rappelons que celle-ci est due en grande partie aux mesures arrachées au gouvernement Macron par les Gilets Jaunes, et qu’elle ne profite que relativement peu aux classes populaires. En outre, nous sommes en droit de nous interroger sur la pérennité de ces mesures.

Sans sortir de ce domaine économique, vous auriez pu tout aussi bien vous intéressez à l’accroissement des inégalités. L’Observatoire des Inégalités dans son rapport 2019. affirme, je le cite  que « les classes aisées, bien au-delà du seul 1% des plus riches, bénéficient de privilèges croissants » et que « la pauvreté, tout comme la précarité, ont progressé ».

Cela vous aurait peut-être amené à penser, pour une fois, à nous parler de la subvention accordée au CCAS et des objectifs poursuivis.

Parce qu’il nous semble que les constatations du rapport territorial et l’analyse des besoins sociaux présentés au conseil d’administration du CCAS en milieu d’année sont très intéressantes. Elles montrent d’une part que le taux de pauvreté dans notre commune est passé de 7,2% à 9,3% entre 2012 et 2015, que cela n’a pas dû s’arranger depuis comme le confirme les données du Secours Catholique citées dans ce rapport, et d’autre part que les classes d’âge les plus touchées sont les 30-39 ans et 50-59 ans avec des évolutions de 8,7% à 15 ,5% pour la première, et de 5,5 à 8,8% pour la seconde, alors que les moins de 30 ans et les plus de 60 semblent épargnés. Le taux pour les 40-49 ans est en légère baisse mais atteint quand même 11,2%. Et à vous lire, cela n’a aucune influence sur vos orientations budgétaires.

Ce qui ne change pas non plus, c’est que vous ne faîtes aucunement mention de la crise écologique que nous vivons. Et par conséquent aucune trace dans les investissements annoncés. Vous avez présenté un vœu relatif à l’urgence climatique lors du conseil municipal du 10 octobre, et nous avions du coup espéré un changement d’attitude de votre majorité sur ce sujet. Malheureusement, il n’en est rien !

Nous nous doutions bien qu’il nous faudrait attendre février pour connaître vos projets réels, élections obligent ! Mais de là à aller jusqu’à nous présenter dans les investissements pour l’amélioration du service public de proximité rendu à la population les 8 000€, 0,2% du budget d’investissement de la commune, qui seront consacrés à l’achat de lecteurs de badges pour les tennis, il y avait un pas que vous avez allègrement franchi.  Il faut dire que même en mentionnant deux investissements de 5 000€, vous arrivez à un total de 446 000€, bien loin quand même des 699 000 annoncés dans le ROB 2019. Je rappelle tout cela pour justifier qu’il ne faut pas analyser les investissements annoncés, mais bien l’exposé de ce qui guide vos choix budgétaires et qui ne changera pas.

Donc, pas plus que la réalité sociale de Beaumont, la crise écologique n’affecte vos orientations budgétaires. Et pourtant ! Dans l’Arctique, le permafrost fond soixante-dix ans plus tôt que prévu, et c’est une catastrophe ! En juillet, dans la ville la plus au nord du monde, Alert au Canada, un record de chaleur a été enregistré avec 24° C. Ce record devrait nous alerter non ?

Mais peut-être n’est-ce pas un oubli, parce que cette crise  nous renvoie elle aussi au problème des inégalités. Vous connaissez toutes et tous ces chiffres : Si tous les hommes vivaient comme un Américain, il faudrait cinq planètes, comme un Français, trois. Heureusement, les Indiens font baisser la moyenne : 0,6 planète suffirait.

Et à l’intérieur de notre propre pays aussi l’inégalité règne : les 10% les plus riches émettent huit fois plus de gaz à effet de serre, huit fois plus, que les 10% les plus pauvres. Voici qui confirme une règle étrange : à l’échelle nationale comme internationale, ceux qui en parlent le plus en font le moins. « Consommation durable : l’engagement de façade des classes supérieures » titre une étude du CREDOC parue au printemps de cette année. Je la cite : « L’utilisation accrue d’équipements numériques et le tourisme plus développé, notamment en avion et en voiture, des catégories à fort capital culturel et fort capital économique expliquent l’écart entre la pratique et les intentions… » Et « les petits gestes », « acheter des produits issus de l’agriculture biologique », « limiter leur consommation de viande », « souscrire à un contrat d’électricité garantissant une part d’électricité verte » n’ont qu’un modeste  impact sur l’ »empreinte écologique ». « Ce qui, continuent les chercheurs, montre les limites de la conscience et de l’action individuelles ».

Et donc, par symétrie, ou en miroir si vous préférez, montre l’évidence de la responsabilité collective qui nous incombe, qui incombe à la commune en ce qui nous concerne. Les orientations que vous présentez nous semblent très loin d’en être à la hauteur.

François Ulrich

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