Ouvrons le débat : QUELQUES PROPOS SUR LA CRISE DE L’EGALITÉ

Nouvelle image (2)A l’heure du pessimisme et de l’austérité généralisés et où les rivages de l’Europe nous présentent un monde qui se déchire, où les communautarismes déchirent l’équilibre et la paix sociale, le principe d’égalité, pourtant vieux de plus de deux siècles, semble de plus en plus fragilisé.
Ce principe a été créé dans la nuit du 4 août 1789, par le rassemblement de quelques visionnaires, réunis au sein d’une assemblée constituante, qui, en quatre décrets, ont fait basculer notre pays d’un antique modèle féodal à une moderne organisation constitutionnelle. Le 26 août, il est déclaré « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Chacune des républiques successives fera de cette déclaration le préambule de leur constitution, en 1875, 1946 et 1958, puis les Nations Unies en feront l’article premier de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. ».
Le Conseil de l’Europe, en 1950, consacrera à son sujet l’article 14 de son préambule, y rajoutant des précisions quand aux « sexe, race ou origine, couleur de peau, langue, religion, opinion politique ou philosophique, appartenance à une minorité quelconque, fortune ou naissance ».


Ce principe est devenu au fil du temps une valeur universelle, censée être garante des lois et libertés fondamentales. Mais il convient cependant d’en examiner la formulation, en dissociant les notions d’égalité, de conformité et d’uniformité, qui pourrait consister à relever l’évidence de nos différences pour en contester l’égalité.
Il constitue bien plus en une identité des droits et chances en vue du bien-être et de l’accomplissement de soi, dans son sens le plus abouti. Mais, qu’en est-il de son application concrète : si la république fut prompte à en proclamer le principe, elle s’est trouvée nettement moins encline à en assurer l’application, en tout premier lieu sur le point essentiel de l’esclavage, définitivement aboli plus de soixante ans après l’affirmation de ces principes. Les droits des femmes sont aussi emblématiques à cet égard : droit à l’enseignement en 1836, au barreau en 1900, de vote en 1944, de gestion en propre de leurs biens en 1965, d’autorité parentale en 1970, à l’avortement (et par tant de la disposition de son corps) en 1975 seulement, et d’une (certaine) égalité salariale en 2006. Oui…200 ans !
En ce qui concerne les minorités, la fin de la pénalisation de l’homosexualité ne date que de 1982, et son retrait de la liste des maladies mentales de 1990, après les tragédies dues au Sida. Le Pacs ne date que de 1999, le mariage et l’adoption par les couples de même sexe de 2013 seulement ! Pour les personnes en situation de handicap (moteur, physique ou mental), la loi du 30 juin 1975, concernant les détails pratiques de leur insertion est encore, à nos jours, constamment battue en brèche et repoussée indéfiniment, bien que la Loi du 11 février 2005, (dite de l’égalité des droits et des chances), proclame les droits à compensation sur leur scolarité, emploi et accessibilité.
Certes, l’affirmation du principe est nécessaire, son application, quoi qu’imparfaite, est de mieux en mieux assurée par la Loi. Les progrès, incontestables sur le plan juridique et législatif, n’obèrent pas que ces combats sont loin d’être gagnés, car il subsiste une base structurelle à l’inégalité, ne serait-ce qu’au niveau des peuples eux-mêmes, et nous en avons chaque jour la preuve navrante aux portes de notre continent.
Sur le droit à l’instruction, dont nul ne peut se le voir refuser, on constate jour après jour qu’il cristallise dans notre pays le gouffre, qui s’ouvre hélas de plus en plus, entre une élite, d’origine sociale aisée, et une autre beaucoup plus fragilisée, dont le bagage culturel lui interdit de fait l’accès aux formations. Traduction d’une situation financière et sociale, quasi inscrite dans l’avenir des individus.
Que dire de l’inégalité devant la justice, l’impôt, et ce pour les mêmes raisons, et, de toutes ces inégalités, la pire sans doute : celle devant la santé. Chacun sait, hélas, que l’espérance de vie est directement proportionnelle à l’importance de ses ressources et de son inégalité économique.
Au final, ces inégalités sont structurelles, et ne semblent pas, hélas, en voie de s’éteindre. De plus en plus d’individus disposent de la puissance économique et financière pour s’affranchir ainsi de ces règles éthiques. Les représentants du peuple souverain, tenus par le contrat social, n’ont pas de raisons, tant pour leurs intérêts privés qu’à ceux, supérieurs, de la nation, à voir modifier cet état de fait, et à garantir ainsi une parfaite égalité.
L’ordre social, (tel que nous le connaissons), semble fondé sur un « équilibre inégalitaire », dont l’opinion semble, avec le soutien des médias, s’accommoder passivement. Ses victimes n’ont pratiquement aucun pouvoir de le modifier par les voies démocratiques, et ceux qui ont ce pouvoir n’y ont, évidemment, aucun intérêt.
En conclusion : l’’égalité n’est donc pas, à proprement parler, en crise : elle lui semble plutôt malade des failles du système démocratique républicain, failles entretenues par l’incapacité de ce même système à en garantir ses principes.

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