Hôpital:  Après la tempête le beau temps?  J’ai des doutes…

Il est formidable cet élan populaire de sympathie et de soutien envers les personnels soignants, manifesté chaque soir à leurs fenêtres par bon nombre de nos concitoyens et unanimement encouragé par tout ce que le PAF compte de vedettes, par tout ce que le monde politique compte de tribuns et par tout ce que le gouvernement compte de ministres…
C’est l’union sacrée autour de ces héros envoyés au front sans masque, sans gant, sans lunettes ni combinaison de protection et dont on peut déjà prévoir que certains y laisseront leur vie, sacrifiés sur l’autel de la rigueur budgétaire et de l’impéritie étatique à l’instar de vulgaires liquidateurs de Tchernobyl…

Pour autant, sortira-t-il de cette crise un hôpital meilleur? Plus humain, plus accueillant, plus performant et surtout moins soumis aux rouleaux compresseurs du Marché?
J’ai de sérieux doutes lorsque j’observe que, malgré les louanges dont ils nous abreuvent, nos gouvernants demeurent extrêmement timorés quant aux efforts qu’ils envisagent de déployer pour aider notre système hospitalier à se relever du marasme dans lequel 30 années de bureaucratisme ultralibéral l’ont plongé.
Alors que les subventions pleuvent, que les exonérations se multiplient, que les promesses d’aides en tout genre abondent en direction de la moindre microentreprise de livraison de bonnets de nuit à domicile, alors que des centaines de milliards d’euros sont déjà fléchés pour relancer la machine économique, l’hôpital demeure le grand absent de ces agapes, la crise servant une nouvelle fois de prétexte à la dispersion en règle de notre trésor au profit d’une poignée d’aigrefins dont le bonheur national constitue le cadet des soucis…

De toute façon, nous les soignants, nous le saurons vite si l’actuelle bienveillance affichée à notre endroit par la Nation est, ou non sincère. Nous le saurons exactement dans 3 mois, quand l’été viendra et que ceux d’entre nous qui auront survécu au coronavirus avec son cortège de stress, d’heures supplémentaires, d’admissions de malades à la chaine, de lits d’hospitalisation manquants, bref, de ces constants numéros d’équilibristes auxquels notre conscience professionnelle nous oblige afin de maintenir malgré tout sur pied ce chef d’œuvre en perpétuel péril qu’est devenu l’hôpital, quand tous ceux-là, exténués et néanmoins satisfait du devoir accompli, aspireront à quelques semaines de vacances bien méritées.

En effet, tous ceux qui ne travaillent pas dans le monde médical ne peuvent pas savoir que depuis plusieurs années la politique de grippe-sous qui prévaut à l’hôpital fait que d’années en années les mensualités de remplacement estival qui nous sont allouées se réduisent comme peau de chagrin. Autrement dit l’hôpital rechigne de plus en plus à embaucher des CDD pour remplacer pendant les congés d’été. Désormais, afin de bâtir des plannings estivaux en recourant le moins possible à des remplaçants, nos administrations n’hésitent pas à être coercitives, refusant à certains d’enchaîner plus de 15 jours de congés d’affilée, obligeant des temps partiels à bosser à temps complet et chargeant les plannings des présents afin de compenser les absences…

Nous saurons vite, lorsque viendra l’été et que la crise, espérons-le, sera derrière nous, si limitant nos remplacement nos gouvernants retrouveront leur coutumière morgue ou bien si, cohérents avec ces lauriers que pendant toute la crise ils n’auront pas cessé de nous tresser, ils se résoudront à nous accorder de vraies vacances, à nous servir nos droits sans chercher de quelque manière que ce soit à nous les faire rembourser dans la foulée.
Honnêtement, j’ai des doutes…

J.B, médecin

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