Ouvrons le débat sur « le jour d’après, c’est maintenant » (2) : Nouvel état social et communauté planétaire

Face à l’urgence écologique et climatique et aux catastrophes humaines annoncées, la pandémie actuelle doit nous faire prendre conscience de la nécessité de construire une vraie communauté mondiale, où chaque communauté particulière (locale, régionale, nationale) se sent responsable du destin de tous et « en même temps » respectée par tous

Cet article, qui, sans l’ignorer, va au-delà de la crise sanitaire que nous vivons, veut compléter (y arrive-t-il ? à vous de le dire !) celui de François Ulrich sur « Le bel avenir de l’État social » auquel je n’ai évidemment rien à retirer.

Avec la phase en cours de la mondialisation du Capital et la révolution cybernétique, une exigence s’impose de plus en plus : agir en toutes choses en intégrant la dimension planétaire des problèmes, de leurs solutions, et des luttes pour faire gagner parmi ces solutions les émancipatrices contre les régressives, c’est-à-dire contre les «pestes émotionnelles »(1) que sont le repli sur soi, le nationalisme et les intégrismes politiques et religieux.
Contre les tenants du «choc des civilisations» (Trump par exemple, parlait jusqu’à récemment de « virus chinois » !), soutenir que le monde est un et que chaque communauté (peuple, nation) ne pourra agir qu’en se sentant  partie de ce monde, et en réciprocité partie reconnue comme égale par les autres parties. Soutenir cela, sous les deux faces, est un impératif politique et moral.

L’État social, c’est-à-dire la part sociale de l’Etat-Nation, ne peut à lui seul, et par définition, du fait de son caractère national, assurer l’alternative au Capital, rapport social destructeur non pas seulement national mais mondial de qu’il y a d’humain en l’homme et destructeur non pas  seulement national mais mondial de la nature dont l’homme fait partie. Dans la reconquête de l’indispensable souveraineté dans les secteurs économiques clés (transports, secteurs médical et paramédical de services et de productions, pour nous en tenir à l’actualité de la crise du Covid-19), la relocalisation et les circuits courts ont sans aucun doute un rôle utile et important à jouer (voir l’article de François Ulrich), la coordination mondiale des efforts de développement et d’humanisation des hommes aussi – et pas moins.

Cette coordination, excluant évidemment toute politique de puissance (droit de veto, pressions militaires, embargos économiques), toute domination d’un état ou d’un groupe d’états (Alliance Atlantique, UE, FMI,…) ou d’une culture (l’actuelle américanisation du monde), qui peut nier la nécessité de la construire ? Aux problèmes de la faim dans le monde, du chômage forcé, du parasitisme des classes dirigeantes, des guerres, des commerces de l’armement (où la France est sur le podium !) et de la drogue, de l’immigration imposée, viennent  s’ajouter
–  la crise écologique et le changement climatique, produits des dérives d’un mode de croissance dévastateur,
– et aujourd’hui une crise « sanitaire » majeure – aggravée comme l’indique François Ulrich par ce type de croissance.
N’est-il pas également conforme à l’histoire et à la nature de l’influence de la France dans le monde par exemple en Europe de l’Est et en Asie, en Amérique du Sud et évidemment en Afrique, et à l’ONU – malgré le saccage de cette influence sous Sarkozy et Hollande, notamment au niveau diplomatique – d’être à la pointe de cette construction ?

L’État social, s’il ne se résume pas à une nouvelle gestion « plus sociale » destinée à garantir le taux de profit et assurer la survie du Capital, fait partie de la solution.

Comme tel, ce nouvel État social exige au moins trois conditions, à réaliser de manière pas nécessairement brutale mais tendancielle :

 – 1/ Une nouvelle conception et organisation de la propriété des grands moyens économiques – la propriété n’a de légitimité que fondée sur le travail vivant et  concourant au développement de tous, y compris au niveau mondial. Par cette appropriation sociale, sous des formes multiples et variées, à inventer collectivement, nous retrouvons la voie montrée par Marx : «Dans tous [les] mouvements, ils [les communistes de son temps] mettent en avant la question de la propriété  [comme] la question fondamentale» (2).

 – 2/ A partir de là, chercher à créer les conditions d’une politique exercée à partir de la base, c’est-à-dire dégagée des contraintes de la centralité du pouvoir – et on retrouve les relocalisations et les circuits courts autodéterminant leurs objectifs et s’autogérant.

 – 3/ Se dégager, sans répudier une démocratie représentative améliorée, de la conception statistique, comptable, de la politique – les fameuses «majorités» et «minorités» – pour créer dans la société une «atmosphère d’unanimité, en quoi finalement consiste l’ultime et fuyante essence de la Démocratie» (3). Rousseau aurait dit « l’intérêt général ».

Ou bien l’inconscience du désordre de la guerre de tous contre tous, qui conduit à la «ruine commune»(2) ou à la victoire de l’une des «pestes»; ou bien la prise de conscience de la primauté de l’intérêt général (y compris mondial) sur les intérêts particuliers. Quel mouvement – à construire – aura le courage de porter une telle aspiration altruiste, une telle « foi en des valeurs absolues »(4), sans lesquelles pourtant rien n’est possible ?

Sur trois continents s’organisent de nouvelles coopérations : citons l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS),  la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), les BRICS (BrésilRussieInde, Chine et Afrique du Sud) et l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques ( ALBA). Après Gorbatchev et sa « maison commune » des années 1990, la Chine  nous rappelle aujourd’hui la « communauté de destin » (5) de tous les peuples de la planète.

Face à l’urgence écologique et climatique et aux catastrophes humaines annoncées, la pandémie actuelle doit nous faire prendre conscience de la nécessité de construire une vraie communauté mondiale, où chaque communauté particulière (locale, régionale, nationale) se sent responsable du destin de tous et « en même temps » respectée par tous. Respectée parce qu’elle prend sa part de l’effort commun et respectée parce qu’à l’intérieur elle bâtit, et pour la France 80 ans après les « jours heureux » du programme du Conseil National de la Résistance, une nouvelle république sociale.

Alain Raynaud

(1) Raoul Vaneigem         (2) Karl Marx        (3) Pierre Teilhard de Chardin
(4) Jean-Jacques Rousseau             (5) Xi Jinping

1 réflexion au sujet de « Ouvrons le débat sur « le jour d’après, c’est maintenant » (2) : Nouvel état social et communauté planétaire »

  1. Illustration de ce qui se passe ailleurs dans le monde: Les 8 États membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont la Chine, la Russie et le Pakistan, ont décidé de mener des échanges et des investissements bilatéraux et d’émettre des obligations en monnaie locale et nationale au lieu de dollars américains. Lire ici (en anglais): https://www.brecorder.com/2020/03/17/580793/pakistan-china-and-russia-decide-to-conduct-trade-in-local-currencies-skip-dollars/?fbclid=IwAR3yyEmzq9VkXmcDxtRxDFjJ8LrnAk-SBKKhkqZBpJYIZJRbXkRoX2gC4XQ

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