Rentrée scolaire : les syndicats d’enseignants du Puy-de-Dôme critiquent « le flou et la légèreté » du protocole sanitaire

A quelques jours du retour en classe, les enseignants s’interrogent toujours sur les conditions sanitaires de la rentrée.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, l’a réaffirmé ce mercredi 26 août dans son point-presse. L’objectif n°1 de cette rentrée est bien de faire revenir tous les élèves en classe le mardi 1er septembre, sauf « exception locale » liée au virus.

Jean-Michel Blanquer a estimé que le protocole rédigé en juillet était « encore très valable », en dépit de l’évolution de la situation. Changement notable,  « tous les adultes porteront le masque », a martelé le ministre. Les enseignants de maternelle sont désormais également concernés par cette obligation alors que jusqu’alors, le port était seulement recommandé.

Recommandations

 « En juillet, nous avions envisagé quelques exceptions (NDLR, sur le port du masque des adultes en classe), mais nous avons préféré ne pas maintenir ces exceptions. Tous les adultes portent le masque et les enfants le portent à partir de la classe de 6e », a expliqué Jean-Michel Blanquer. Interrogé sur la gestion des flux des élèves dans les cantines, internats, cours de récréation et séances d’EPS, le ministre a répondu que « des recommandations qui ne sont pas des normes permettront aux responsables locaux de prendre des décisions de bon sens. »

Le protocole, rédigé fin juillet et qui tient en sept pages consultables sur le site du ministère, indique ainsi que la distanciation sociale dans les espaces clos (salles de classe, ateliers, bibliothèques, réfectoires, cantines, internats) n’est « pas obligatoire lorsqu’elle n’est pas matériellement possible ou qu’elle ne permet pas d’accueillir la totalité des élèves (…) Dans les espaces extérieurs, la distanciation physique ne s’applique pas. »

« La limitation du brassage recommandée »

Si les établissements doivent limiter « les regroupements et croisements importants», « la limitation du brassage entre classes et groupes d’élèves n’est plus obligatoire » mais recommandée. « Les arrivées et départs sont particulièrement étudiés pour limiter au maximum les regroupements d’élèves ou de parents », poursuit le protocole.

« Un nettoyage des sols et des grandes surfaces (tables, bureaux) est réalisé au minimum une fois par jour (…) Les tables du réfectoire sont nettoyées et désinfectées après chaque service. »
L’accès aux jeux, aux bancs et espaces collectifs est autorisé. La mise à disposition d’objets partagés au sein d’une même classe ou d’un même groupe constitué (ballons, jouets, livres, jeux, journaux, dépliants réutilisables ) est permise. »

Chez la plupart des enseignants, la perspective de retrouver « physiquement » les élèves est vécue positivement. « On est content de rentrer mardi car le présentiel, le contact avec les élèves, c’est notre métier et le risque de perdre des élèves décrocheurs est réel », précise Patrick Lebrun, professeur de mathématiques au lycée Jean-Zay de Thiers et secrétaire académique du SNES (majoritaire dans le second degré). »

Claude Delétang (Professeur de mathématiques au lycée René-Descartes à Cournon d’Auvergne et secrétaire départemental FSU 63)

«  C’est à l’école de fournir le masque »

Pour  les syndicats d’enseignants, si le port du masque généralisé rassure,  des voix s’élèvent pour demander la gratuité du masque. « Pour les familles, le masque a un coût : cela risque de créer des difficultés », craint Isabelle Roussy, directrice de l’école maternelle Michelet à Clermont-Ferrand et secrétaire départementale Snuipp Puy-de-Dôme «  C’est à l’école de fournir le masque », appuie Claude Delétang. « Impossible,  aucun pays ne propose la gratuité », a tranché, en substance, le Premier ministre Jean Castex dans la matinale de France inter. Toutefois, de nombreuses collectivités locales s’organisent pour proposer la gratuité des masques, dont le Département du Puy-de-Dôme. « Aucun élève ne sera exclu de l’école car il n’a pas de masque », a précisé le ministre dans son point-presse ce mercredi 26 août.

« On ne sait pas où l’on va »

Les syndicats d’enseignants critiquent surtout « le flou et la légèreté »  qui entourent selon eux ce protocole. « Les enseignants auraient aimé avoir plusieurs scenarii : là, on a un protocole allégé, mais si les contaminations se multiplient, que doit-on faire ? On laisse les gens de terrain et les acteurs locaux se débrouiller. Nous aurions aimé avoir un cadre national car c’est rassurant et moins stressant », déplore Isabelle Roussy.  « La rentrée n’est pas préparée !, fustige Sophie Brutus, co-secrétaire départementale CGT Education et professeur de lettres-histoire au lycée Camille-Claudel, à Clermont-Ferrand.  Quid des personnels vulnérables ? Alors que les cas de contamination augmentent, on a un protocole allégé. En Italie, les effectifs des classes ont baissé et en France, les suppressions de postes continuent (NDLR, le ministre a annoncé ce mercredi 26 août la création de 1.640 postes d’enseignants dans le primaire). On va devoir improviser comme au printemps dernier. » Patrick Lebrun appuie :  « On ne sait pas où l’on va et la crainte que les établissements deviennent des clusters existe chez les collègues ; on aurait besoin de davantage de précisions : la question de l’organisation des transports scolaires et des cantines scolaires, on renvoie ça aux collectivités locales et aux chefs d’établissement.

Claude Delétang renchérit : « Pour le moment, on ne sait rien : lundi à 16 h, il y a un CHSCTA (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail académique) au rectorat : on devrait avoir enfin connaissance du protocole. Comment ça va se passer concrètement à la cantine, à l’internat, pour le nettoyage des classes, en EPS : on n’a pas de réponse ».

Nicolas Faucon

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