Ouvrons le débat : une politique publique de prévention des comorbidités

publié par L’Humanité, le lundi 30 août

PAR ALICE DESBIOLLES

Médecin de santé publique, épidémiologiste

Après plus de dix-huit mois de pandémie, la question de la stratégie pertinente et des mesures à adopter pour faire face au coronavirus se pose régulièrement, notamment à chaque apparition d’un nouveau variant. Pour y répondre, plusieurs visions s’opposent, voire s’affrontent.

La stratégie dite du « zéro Covid » aspire à l’élimination rapide du coronavirus grâce à la technique (vaccin) et l’action humaine (confinements stricts et locaux dès le premier cas détecté, fermetures des frontières, des écoles, des commerces, des lieux de culture, de loisir). Cependant, l’émergence récurrente de nouveaux variants, la forte probabilité d’établissement de réservoir animal dans différents pays du monde et la circulation du virus à l’échelle de la planète font du coronavirus un agent pathogène difficile à éliminer. Se pose donc la question de la pérennité et de la soutenabilité d’une telle approche. De nombreux pays, comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, l’ayant mise en place s’interrogent désormais de plus en plus quant à son efficacité et sa pertinence.

À l’autre extrême du spectre, se trouve la stratégie du « laisser faire », incarnée en son temps par des Trump ou Bolsonaro et qui revenait peu ou prou à ne rien faire, si ce n’est nier la gravité et la dangerosité du virus.

Entre ces deux approches, chacune délétère à sa manière, se trouve pourtant une alternative nuancée et respectueuse de la santé dans toutes ses dimensions : il s’agit de la stratégie de « l’atténuation », qui invite à gérer le risque et non à le supprimer. Elle consiste à contenir le coronavirus et prévenir ses dommages sur la santé, sans pour autant chercher par tous les moyens à le faire disparaître.

Accepter de « vivre avec » ce virus – comme on le fait avec d’autres agents infectieux depuis des millénaires – ne signifie pas pour autant « ne rien faire ». En effet, dans la lutte contre les maladies infectieuses, il existe de multiples moyens de prévention qui n’entravent pas pour autant les autres déterminants de la santé des individus et des communautés du fait de leur balance bénéfices-risques favorable.

Ces leviers s’incarnent dans l’éducation et la promotion à la santé, la mise en place de véritables politiques publiques de prévention des comorbidités, lesquelles font le lit des formes graves de maladies comme le Covid-19, le ciblage de la vaccination – à l’échelle de la planète – sur les professionnels de santé et les personnes à risque de formes graves ou létales de Covid-19 ou encore l’application des gestes barrières et d’un dépistage régulier pour les personnes au contact de ces dernières. Pour être efficaces, ces mesures doivent s’adapter aux individus, à leurs vulnérabilités et à leurs besoins. Elles devraient également s’accompagner d’un renforcement du maillage territorial et de la capacité d’accueil des structures de soin, ainsi que d’une plus grande attractivité des métiers du « care ».

Cette stratégie de « l’atténuation » se propose donc de revenir à une certaine forme de pragmatisme, de temporiser l’hubris et la toute-puissance des approches précédentes pour se rappeler que la médecine, la santé publique et l’infectiologie sont des disciplines complexes et qu’à leurs aspects biomédicaux, épidémiologiques et méthodologiques se mêlent également des questions de déontologie, d’éthique, de sciences sociales, de justice, d’équité, d’accès aux soins ou encore de démocratie.

Autrice de l’Éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé, Fayard, 2020

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