Pauvreté : la vie au bord du gouffre, une réalité qui s’étend ( un tiers des Français)

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Jeudi 9 Septembre 2021

 

Le Secours populaire a publié, hier,  son baromètre annuel sur la perception de la pauvreté en 2021. Il révèle la hausse de la précarité et d’existences faites de privations pour celles et ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Des budgets au cordeau, dans lesquels chaque euro compte, des postes de dépenses sacrifiés, et l’angoisse au ventre d’un basculement dans la misère… La crise économique engendrée par le Covid a d’abord fragilisé ceux qui vivaient déjà dans la précarité, rappelle le sondage annuel du Secours populaire publié ce jeudi 9 septembre, qui met l’accent sur le quotidien des Français vivant en dessous du seuil de la pauvreté. Ces derniers sont ainsi 58 % à avoir subi une perte de revenus en 2020, contre 45 % pour l’ensemble des Français. Quand la baisse a été très importante, l’écart est encore plus fort : 13 % contre 7 %. Depuis le début de la crise, les trois quarts d’entre eux (63 %) ont rencontré des difficultés financières, soit près du double de la population générale (36 %).

De plus en plus de sacrifices

Conséquence de cette perte de revenus, les plus pauvres ont des budgets de plus en plus serrés et doivent faire de plus en plus de sacrifices. Parmi eux, 64 % ne savent plus « sur quelles dépenses faire des compromis car ils ont déjà réduit tout ce qui pouvait l’être » (contre 40 % en population générale). Pour assurer à leurs enfants de bonnes conditions de vie, les parents sont contraints, une fois honorées les factures vitales comme le logement et l’énergie, de rogner sur d’autres postes : plus de 80 % disent renoncer aux loisirs, aux vêtements ou aux soins de beauté. Ils sont même 54 % à se priver de soins médicaux et 62 % de nourriture.

55 % des Français connaissent un proche en situation de pauvreté, dont 22 % dans leur famille.

« On reçoit énormément de gens ayant zéro ressource. Soit ils ont perdu leurs revenus, soit une fois payé ce qui l’est en prélèvements, il ne leur reste plus rien », confirme Houria Tareb, secrétaire nationale de l’organisation. En Haute-Garonne, où cette dernière travaille, le reste à vivre moyen des bénéficiaires est passé de 3,90 euros par jour en 2019, à 1,79 euro en 2020.

Face à cette réalité, les discours des politiques sur l’assistanat indignent la militante. « C’est vraiment injuste de les culpabiliser, de dire qu’ils ne veulent pas travailler et ne font pas d’efforts. Ils n’ont pas choisi d’être dans ces situations difficiles. Aujourd’hui, n’importe qui peut se retrouver là. »

Beaucoup de jeunes et d’étudiants ont basculé dans la pauvreté

Car les plus pauvres ne sont pas les seuls concernés. Les 1 000 Français interrogés par le Secours populaire entre le 18 juin et le 3 juillet 2021 sont plus nombreux que l’année précédente à évoquer des difficultés pour faire face aux dépenses courantes d’énergie (36 % contre 27 % en 2020), de logement (32 % contre 25 %) ou d’alimentation saine avec trois repas par jour (30 % conte 23 %). 20 % disent même se priver de certains repas, contre 14 % en 2020. Cette situation s’explique par le basculement de nouvelles catégories dans la pauvreté, à commencer par les jeunes, dont les emplois précaires ont été les plus touchés. Des jeunes qui ne peuvent percevoir d’aides quand ils n’ont pas travaillé assez longtemps pour bénéficier du chômage. À titre d’exemple, le nombre d’étudiants reçus par l’association en Haute-Garonne est passé de 400 en 2019 à 900 en 2020 !

Autre catégorie frappée par la crise, le bas de la classe moyenne. « Avant la crise, on ne voyait pas de ménages avec des revenus légèrement au-dessus du Smic. Jamais on n’aurait pensé qu’ils auraient besoin d’aide. Mais entre ceux qui étaient en CDD et ceux qui ont perdu leur chômage, des personnes qui avaient des revenus corrects se retrouvent avec beaucoup moins. Ils font face à de grandes difficultés, parce que leurs charges, elles, n’ont pas diminué », abonde la militante.

Cette extrême précarité génère un profond sentiment d’insécurité. « Les gens, même avec le Smic, sont sur le fil du rasoir. Ils vivent dans l’inquiétude d’être confrontés à une urgence, une maladie, un accident de voiture, qui pourrait les faire basculer dans la pauvreté », explique Houria Tareb. 74 % de ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et 55 % de l’ensemble de la population se disent ainsi inquiets de ne pas pouvoir faire face à une dépense courante imprévue.

La crainte accrue de se retrouver à la rue

La crainte de ne pouvoir payer ses factures (52 % des premiers et 28 % pour le reste) ou ses frais de logement (45 % et 27 %) est aussi forte. De plus en plus, le logement apparaît comme une préoccupation centrale. « Nous avons été énormément sollicités, surtout par des jeunes, pour une aide au paiement du loyer. Le logement, c’est ce qui préservait les gens contre la grande précarité, et on voit apparaître une crainte accrue de se retrouver à la rue », poursuit la responsable associative.

L’inquiétude ne touche pas que l’avenir immédiat. 78 % des Français pensent que leurs enfants auront plus de risques qu’eux de tomber dans la pauvreté. Bien plus que la crise sanitaire, qui n’a pas modifié ce chiffre, c’est la précarisation du travail qui nourrit cette crainte pour les générations futures. « Avant, avoir un emploi garantissait l’avenir, souligne Houria Tareb. Mais c’est de moins en moins vrai. Les métiers évoluent très vite et les gens ne se sentent plus protégés ni sécurisés par le travail. Ce qui les inquiète surtout pour leurs enfants. »

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