Covid-19. Maxime Combes : « Le CAC 40 se considère assis sur une rente »

Maxime Combes Économiste, membre de l’Observatoire des multinationales
L’Humanité
Jeudi 27 Mai 2021

Faute de conditionnalité des aides publiques, plus de 30 000 postes ont été supprimés par les groupes du CAC 40, qui ont augmenté leurs dividendes de 22 % en 2021. Pour l’Observatoire des multinationales, qui a publié un rapport le 26 mai sur le sujet, il s’agit là d’un « détournement des ressources de l’État ». Entretien avec l’économiste Maxime Combes.

À la tête du CAC 40, le monde d’après ressemble terriblement au monde d’avant. Le rapport de l’Observatoire des multinationales publié ce mercredi pointe du doigt les pratiques financières des grands groupes, au détriment de l’emploi et malgré des milliards d’euros d’aides publiques.

Vous parlez de détournement des ressources de l’État par les entreprises du CAC 40. Quelle est l’ampleur de ce phénomène ?

Maxime Combes : C’est ce que nous avons conclu après avoir regardé pendant des mois les documents publiés par les grands groupes et toutes les informations – c’est-à-dire peu – concernant les bénéficiaires des aides publiques, leurs montants, leurs objectifs et conditions. Avec ce double travail, on remarque que 100 % des groupes du CAC 40 ont obtenu des aides publiques liées à la pandémie et que ces entreprises ont augmenté en 2021 de 22 % le montant des dividendes versés à leurs actionnaires pour atteindre 51 milliards d’euros.

C’est en ce sens, et parce qu’il n’y a pas de conditions à ces aides publiques, que nous assumons le terme de détournement. C’est un phénomène massif, mais on ne peut pas le quantifier. On sait que 155 milliards d’euros supplémentaires ont été débloqués en 2020 par rapport à l’avant-pandémie pour aider les entreprises, mais on ne sait pas comment cette somme se répartit, puisque Bercy et le ministère du Travail ne veulent pas communiquer.

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