JEAN JAURES – intervention rue Jean Jaurés à Beaumont (suite)

Samedi 22 novembre 2014

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Pierre Cassan

Bon jorn,

Sem aici per onorar la vida e la memoria de Joan Jaurès.

Aquel ome politico frances e, de primas, oun jove que e nascut sul terra d’Occitania, dins lo Tarn, a Castras.

Jamai n’a oblidat sas rasigas.

E, dins lo Tarn, començaba totjorn sos discors en occitan

Extraits d’un article paru dans « La Dépêche » le 15 août 1911, écrit par J. Jaurès

Il y a un an, …, j’avais discuté la thèse de ceux qui croient pouvoir ressusciter en France une civilisation méridionale autonome et faire de la langue et de la littérature du Languedoc … un grand instrument de culture. J’avais établi, je crois, qu’il y a là une grande part de chimère, que la langue et la littérature de la France étaient désormais et seraient de plus en plus pour tous les français le moyen essentiel de civilisation…..

Mais je disais aussi avec une force de conviction qui ne fait que s’accroître que ce mouvement du génie méridional pouvait être utilisé pour la culture du peuple du Midi. Pourquoi ne pas profiter de ce que la plupart des enfants de nos écoles connaissent et parlent ce qu’on appelle d’un nom grossier « le patois ». Ce ne serait pas négliger le français : ce serait le mieux apprendre, au contraire, que de le comparer familièrement dans son vocabulaire, sa syntaxe, dans ses moyens d’expression, avec le languedocien et le provençal. Ce serait, pour le peuple de la France du Midi, le sujet de l’étude linguistique la plus vivante, la plus familière, la plus féconde pour l’esprit.

Par là serait exercée cette faculté de comparaison et de raisonnement, cette habitude de saisir entre deux objets voisins, les ressemblances et les différences, qui est le fond même de l’intelligence. Par là aussi, le peuple de notre France méridionale connaît un sentiment plus direct, plus intime, plus profond de nos origines latines. Même sans apprendre le latin …. des siècles d’histoire s’éclaireraient en lui et, penché sur cet abîme, il entendrait le murmure lointain des sources profondes. Et tout ce qui donne de la profondeur à la vie est un grand bien………

Du même coup, ce qu’on appelle « le patois », est relevé et comme magnifié. Il serait facile aux éducateurs, aux maîtres de nos écoles de montrer comment, aux XIIe et XIIIe siècles, le dialecte du Midi était un noble langage de courtoisie, de poésie et d’art………….. Quelle joie et quelle force pour notre France du Midi si, par une connaissance plus rationnelle et plus réfléchie de sa propre langue et par quelques comparaisons très simples avec le français, avec l’espagnol et le portugais, elle sentait la solidarité profonde de sa vie avec toute la civilisation latine !… Notre languedocien et notre provençal …ouvrent sur la grande mer des langues et des races latines.

Il faut apprendre aux enfants la facilité des passages et leur montrer par delà la barre un peu ensablée toute l’ouverture de l’horizon.

C’est de Lisbonne que j’ai écrit ces lignes. C’est de la pointe de l’Europe latine que j’envoie … cette pensée filiale, cet acte de foi en l’avenir, ces vœux de l’enrichissement de la France totale par une meilleure mise en oeuvre des richesses du Midi.

Conclusion

Ce texte de août 1911 s’inscrit dans une période de l’évolution idéologique de Jaurès. Si ce texte met l’accent sur la richesse de la diversité (et donc sur l’intérêt de la culture occitane), il convient de le resituer dans le contexte de cette évolution personnelle.

En effet, les références aux cultures diverses en France s’accompagnent chez Jaurès, dans le même temps, d’une inflexion politique, particulièrement face à la politique coloniale. Parallélisme souvent négligé car le personnage est tellement riche que les efforts de synthèse sont, au minimum, difficiles.

Pourtant, à la même époque Jaurès écrivait : « Pour nous, socialistes, pour nous, hommes, il n’y a ni opposition de races ni opposition de continent ; sous les climats divers, avec des nuances diverses, des tempéraments physiques divers, partout la même humanité qui monte , qui grandit et qui mérite de monter et de grandir ».

Bel exemple de réflexion sur l’humanité toute entière.

Mais, des esprits subtils et astucieux prétendent distinguer la qualité rhétorique de la réalité concrète du quotidien. Ces esprits brillants savent EUX ce que pense le bon peuple… et, ils rétablissent leur vérité.

Discours de Jaurès : bel exercice de style. Contenu des discours de Jaurès : fariboles vaguement sympathiques mais sans écho dans la population.

Qu’il me soit permis de me référer à un épisode de ma vie personnelle.

Je dois avoir 6-7 ans, je vais dans le nord de mon département (le Lot) avec mes parents. Sur le marché d’une bourgade -Sousceyrac-, un petit attroupement existe. Au milieu, un homme bien habillé, souriant, et noir, salue tout le monde et tout le monde le salue. Tous les présents semblent contents de voir cet homme.

C’est ainsi. Dans ce coin perdu du nord du Lot, où les habitants savent tuer le cochon, ramasser les moussadou, ont la fierté de parler un français sans faute alors que pour eux c’était d’abord une langue étrangère… le conseiller général, puisque cet homme unanimement salué est conseiller général avant de devenir Président du conseil général puis Président du Sénat… est un noir. Un vrai noir que le peuple du nord du Lot a choisi comme représentant.

Il est où le bon peuple ? Serait-il fou ? Où est le bon sens populaire ?

Comment peut-il être chez ces paysans quercynois qui respectent un résistant qui a rejoint très vite le maquis dans cette région ?

Ou bien est-il plutôt dans un texte publié dans l’Azione nationale, (journal italien fasciste), le 22 juillet 1937 à propos de la nomination en France d’un sous-secrétaire d’Etat qui s’appelait Gaston Monnerville. Et qui, vous l’avez compris, est le noir que j’ai croisé à Sousceyrac.

Ce texte disait :

« Derrière le rouge du Front Populaire vient le Noir – La France a adopté une politique indigène qui, outre qu’elle est une folie pour la nation française, est un danger pour les autres nations de l’Europe, car cette action qui dépasse le cadre biologique, doit être dénoncée à l’opinion publique mondiale, là où existe une race incontestablement supérieure à celle de couleur que la France voudrait implanter au cœur de l’Europe ».

Un demi-siècle avant cette petite histoire personnelle, Jaurès avait tout dit, en quelques mots. Et contre ceux qui veulent toujours parler à la place du peuple, une poignée de paysans quercynois lui a donné raison.

Merci donc à Jaurès qui a le mérite absolu de réfléchir, d’interroger, de voir plus loin que l’horizon, de questionner, d’ouvrir des chemins inexplorés, voire inconnus, y compris parfois de lui-même.

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