Ouvrons le débat : en quoi la maîtrise publique améliore-t-elle la gestion de l’eau ?(1)

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Alors que les groupes privés Suez et Veolia recherchent une fusion, les collectivités locales se tournent de plus en plus vers une gestion publique.

Un impératif politique : l’accès de tous à ce bien commun.

Sylvie  Paquerot Administratrice de la Fondation Danielle-Mitterrand, professeure à l’École d’études politiques, université d’Ottawa (Canada)

Il nous semble devoir reformuler la question ; en effet, Ray Vernon, spécialiste des multinationales à la Harvard University Business School, a démontré que le statut d’une entreprise, privé ou public, n’était pas un facteur significatif dans l’évaluation de l’efficacité de sa gestion, l’efficacité ne pouvant être évaluée que par rapport à des objectifs. Ses études, menées dans près d’une dizaine de pays, ont montré que la comparaison entre privé et public s’avère biaisée dans la mesure où le privé n’a, dans le cadre du système économique actuel, qu’une seule finalité : être rentable. Le public poursuivant d’autres finalités, d’intérêt public, sa gestion en est dès lors nécessairement plus complexe.

Le besoin impérieux d’investissements dans les infrastructures est souvent un argument principal pour proposer une gestion privée. Or la gestion déléguée au privé n’apporte pas de solution réelle au problème d’entretien et de rénovation des infrastructures. Sachant que les entreprises privées sont là pour faire de l’argent et non pour en donner, on doit reconnaître que l’argent qui servira à rénover les infrastructures sera public : soit il sortira des goussets des gouvernements, soit il sortira des poches des citoyen·ne·s… comme les autoroutes françaises, dont les milliards de profits, issus d’investissements publics ou de la poche des contribuables, ne servent pas à des missions d’intérêt public.

La maîtrise publique de la gestion de l’eau n’est donc pas un impératif de gestion mais un impératif politique. C’est bien ce que fait perdre de vue la seule considération de l’efficacité de sa « gestion ».

Impératif politique dans la mesure où il s’agit de faire des choix, de poursuivre des objectifs parfois contradictoires qu’il nous faut concilier… ou choisir. À Moncton (Nouveau-Brunswick, Canada) par exemple, lorsque a été discuté de déléguer la gestion de l’eau au privé, les citoyen·ne·s ont refusé au motif qu’à leur connaissance une entreprise privée ne pouvait vouloir que ses « client·e·s » consomment moins, alors que, d’un point de vue écologique, l’eau doit être « économisée » au sens propre du terme.

Finalité écologique, finalité démocratique, finalité de droit humain (non-exclusion), finalité d’équité (péréquation) sont toutes des objectifs qu’aucune entreprise privée n’a vocation à assumer mais que doivent poursuivre les autorités publiques. Si la maîtrise publique n’est pas une garantie d’une bonne gestion, elle seule nous permet de choisir les finalités d’intérêt public avant celle de rentabilité : la vie avant le profit au sens propre.

En conclusion, la gestion privée donne-t-elle accès à du capital privé pour rénover les infrastructures ? La réponse est non. Il serait plus judicieux de nous emprunter à nous-mêmes. La gestion privée génère-t-elle des économies (de l’eau) ? La réponse est non. La gestion privée permet-elle un plus grand contrôle démocratique ? La réponse est non. Ni le public ni les élus ne siègent aux conseils d’administration des firmes multinationales de l’eau. La gestion privée assure-t-elle l’accès universel ? Au vu des nombreuses poursuites pour coupure d’eau ces dernières années, la réponse est évidemment non.

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