Projet de décret sur l’assurance chômage : « Sur le fond comme sur la méthode, c’est un très mauvais cadeau de Noël », réagit la CGT

Publié le 25/12/2022
Denis Gravouil, en charge du dossier assurance chômage pour la CGT, le 21 novembre 2022. (BERTRAND GUAY / AFP)

« Emmanuel Macron et son gouvernement veulent faire des économies considérables sur l’assurance chômage », dénonce Denis Gravouil, en charge du dossier assurance chômage pour la CGT. « On invente des prétextes autour de la contrainte alors que dans les faits, on raccourcit les fins de droits ».

« Sur le fond, comme sur la méthode, c’est un très mauvais cadeau de Noël », réagit dimanche 25 décembre sur franceinfo Denis Gravouil, en charge du dossier assurance chômage pour la CGT, alors que le gouvernement a présenté vendredi soir aux partenaires sociaux une nouvelle disposition modifiant les règles d’indemnisation du chômage, à l’occasion de l’envoi du projet de décret au Conseil d’État. Ce décret inédit prévoit une baisse de 40% de la durée d’indemnisation, quand le taux de chômage français aura atteint 6% en moyenne au niveau national. « On est en train de pousser des chômeurs vers le RSA, vers la très grande pauvreté ».

>> Assurance-chômage : la précédente réforme a fait baisser les allocations de 16% en moyenne

franceinfo : Est-ce que vous avez été surpris par ce projet de décret ?

Denis Gravouil : C’est vraiment, sur le fond comme sur la méthode, un très mauvais cadeau de Noël pour les chômeurs qui pourraient être concernés. Ce gouvernement est en train de casser l’assurance chômage et quand il a tous les syndicats en face, que ce soit sur l’assurance chômage ou les retraites, il n’en tient absolument pas compte.

« Il nous bassine avec du dialogue social, mais il ne sait même pas le sens du mot dialogue ni le sens du mot social. »Denis Gravouil, en charge du dossier assurance chômage pour la CGT

à franceinfo

On fait énormément de pseudo concertations. On nous invite à des tas de réunions. Sauf que le gouvernement avance avec son idée en n’écoutant absolument rien. Quand l’ensemble des syndicats est contre sa politique, si le gouvernement était un tout petit peu démocrate, il écouterait ça.

L’argument du gouvernement, c’est de rendre les règles plus dures quand le marché de l’emploi s’améliore et inversement quand la situation se dégrade. L’assurance chômage fait déjà l’objet de réformes. Pourquoi la nécessité de les renforcer, selon vous ?

La véritable raison, c’est qu’Emmanuel Macron et son gouvernement veulent faire des économies considérables sur l’assurance chômage. Imaginez qu’on baisse en deux ans les pensions de retraite ou les salaires de 16%. C’est exactement ce qui se passe sur l’assurance chômage. Il faut faire des économies à tout prix. Et on invente des prétextes autour de la contrainte, autour de la contracyclicité [nouveau concept de modulation des droits au chômage selon la conjoncture économique], des termes extrêmement techniques. Alors que dans les faits, on raccourcit les fins de droits pour ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas pu retrouver du boulot avant l’épuisement de leurs droits au chômage. Ils vont perdre plusieurs mois et ils pourraient encore perdre avec cette nouvelle disposition.

On est contre ce mécanisme parce que ça veut dire qu’en gros, les millions de gens qui restent au chômage sont responsables de leur situation. Ça ne veut absolument rien dire. Ce n’est pas parce qu’il y a du boulot au quartier de La Défense à Paris que des métallos aveyronnais qui ont vu leurs entreprises être délocalisées ont retrouvé du boulot pour autant.

Si le chômage passe en dessous des 6%, le gouvernement affirme qu’on s’approche d’un niveau de quasi plein emploi et que le marché du travail sera plus souple.

Alors c’est le plein d’emplois précaires dans ces cas-là. Parce que d’abord, on ne compte que le taux de chômage des gens qui sont au chômage total.

« Dès qu’on a travaillé une heure en intérim, on n’est pas considéré comme étant au chômage. »Denis Gravouil

à franceinfo

Et même si on passait à cinq millions de chômeurs, il resterait toujours cinq millions de personnes (…) qui on besoin d’un revenu de remplacement, destiné justement à remplacer des salaires perdus pour ceux qui ne peuvent pas exercer leur droit au travail.

Ces propositions gouvernementales peuvent-elles encore changer ?

J’espère bien ! Là, on est tous montés au créneau parce qu’on a découvert ça vendredi [23 décembre] et on est tous en train de dire qu’il est inacceptable que cette disposition figure dans cette façon-là. On est en train de pousser vers le RSA, vers la très grande pauvreté des chômeurs qui n’auront pas pu retrouver du travail. Pour l’instant, que je sache, on n’a pas trouvé six millions d’emplois disponibles et stables pour tous ceux qui en ont besoin.

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